Vis ta vie de précaire… à l’université

En septembre dernier, c’était la rentrée. Doctorante et chômeuse, en septembre je faisais ma rentrée et j’étais déjà mobilisée pour des surveillances et des corrections à l’université. C’était ma première rentrée de « l’autre côté ». Et je dois avouer que j’étais plutôt contente.

Je n’avais pas encore signé de contrat de travail. Mais qu’importe. J’étais enfin enseignante ! Payée en reconnaissance. Reconnaissance des étudiants, des pairs et l’impression de faire quelque chose d’utile et de concret – et l’occasion de couper avec les moments longs, parfois improductifs et douloureux, dans l’écriture de la thèse. C’est bien pour mon CV aussi, une expérience enrichissante et nécessaire aussi, avant de pouvoir postuler à un poste d’ATER l’année prochaine, et de pouvoir espérer un jour devenir enseignante-chercheuse.

Et pourtant… les heures de vacations que je vais effectuer cette année vont me coûter cher. Cher en temps de travail (non rémunéré) mais surtout cher en argent. Déjà, je vais donner une quinzaine d’heures de cours dans une université située dans une autre ville. Les frais de transport, évidemment c’est de ma poche. Ensuite, ces heures données aujourd’hui qui me seront payées par l’université… en février prochain (!), je dois les déclarer et les déduire tout de suite de mon allocation chômage. Pôle Emploi et la DRH de l’université sont formels. Et pourtant je fais partie des privilégiés, j’ai droit au chômage parce que j’ai été financée trois ans pour ma thèse. Fin septembre, je fais ma déclaration à Pôle Emploi, en bonne élève je déclare les heures que j’ai effectuées… Ah oui mince… je ne reçois que ça comme indemnités… Mais le loyer, les factures, les courses… qu’importe finalement, non ? C’est plus que du bénévolat. Je travaille pour perdre de l’argent.

Et pourtant, je suis engagée dans la défense des précaires. Aujourd’hui j’apprends à composer avec mes propres contradictions. Parce que je suis (malgré tout) contente de le faire. Mais je crois plus que jamais à l’action collective (seul, le précaire a tout à perdre). Il y a des lignes à bouger.

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