Profession de foi

Profession de foi

La création du groupe de Défense et d’Information des Chercheurs et Enseignants Non-Statutaires de l’Université de Strasbourg (Dicensus) part du constat qu’il n’existe pas, à Strasbourg, de structure syndicale ou associative assumant une fonction explicitement politique de représentation et de défense des Chercheurs et Enseignants Non-Statutaires (CENS). Le groupe Dicensus entend combler cette lacune.

Pourquoi les Chercheurs et Enseignants Non-Statutaires ?

La grande diversité des situations matérielles et contractuelles des doctorants et docteurs au sein de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (ESR) ne facilite ni leur cohésion en tant que groupe, ni leur identification en tant que tel par leurs différents interlocuteurs (responsables des laboratoires, écoles doctorales, universités et ministère) : les doctorants sont identifiés de manière différente selon qu’ils sont financés ou non, selon qu’ils enseignent ou non ; ils sont considérés tantôt comme des étudiants, tantôt comme des personnels de l’université ; les docteurs non-titulaires sont dans une situation d’entre-deux, n’étant ni totalement dans, ni totalement hors de l’ESR.

Face à ce constat, certains ont choisi d’homogénéiser ce groupe sous le label « jeunes chercheurs ». Nous considérons, pour notre part, que les CENS se caractérisent moins par leur « jeunesse » que par l’ambiguïté de leur statut et par la précarité de leur situation. Alors même qu’ils contribuent très largement au fonctionnement des universités et de l’ESR, ils restent bien souvent cantonnés dans une position d’exclusion ou de faible intégration au sein des composantes et laboratoires. Cette configuration paradoxale s’accompagne d’un manque flagrant de reconnaissance du travail fourni qui participe à les maintenir dans une profonde invisibilité institutionnelle. Par CENS, nous entendons donc tous les chercheurs et enseignants non-titulaires de leur poste (doctorants et docteurs), qui contribuent à faire vivre l’université et la recherche et aspirent à être mieux représentés en leur sein.

Pourquoi une structure à visée syndicale et politique ?

L’une des principales conséquences de la précarité des conditions de travail est la faible représentation des CENS au sein des instances décisionnaires des universités. C’est pour remédier à cette situation que nous prenons l’initiative de créer une structure à vocation explicitement syndicale et politique, dont il n’existe pas d’équivalent à l’Université de Strasbourg. Nous considérons, en effet, que la représentation des CENS et la défense de leurs intérêts et de leurs droits passent par le fait d’affirmer et d’assumer une position militante claire face aux difficultés auxquelles l’ESR est aujourd’hui confronté.

Ces difficultés, qui découlent de plusieurs décennies de réformes, remettent progressivement en cause le service public de l’ESR et le soumettent toujours davantage à la concurrence et au marché. Ainsi, les gouvernements nationaux, en dépit des alternances politiques, tout comme l’Union européenne, tendent à adopter une vision étroitement utilitariste et marchande du savoir et de la culture. Les réformes Pécresse et Fioraso, sous couvert d’autonomie des universités, incitent ces dernières à intégrer et diffuser une logique strictement managériale : alors que les financements publics ne font que baisser depuis plusieurs années, entraînant, à Strasbourg comme ailleurs, des suppressions d’emplois et d’heures de cours ainsi que des conditions de travail toujours plus difficiles, les universités sont invitées à s’ouvrir et à s’adapter aux besoins des acteurs du monde économique et social. Il en résulte non pas l’autonomie des universités, mais la sujétion de l’ESR à des logiques financières, marchandes et gestionnaires. Les chercheurs et enseignants se voient, quant à eux, de plus en plus exclus du « pilotage » des universités au profit des acteurs économiques et régionaux. De la mise en concurrence – sous l’action délibérée des pouvoirs publics – des établissements d’enseignement supérieur aux niveaux national et international résultent des logiques de classement et d’évaluation qui nuisent tant à un enseignement supérieur public et accessible à tous qu’à une recherche publique autonome.

Il nous semble dès lors évident et nécessaire d’inscrire notre démarche dans une perspective globale. Ainsi, notre réflexion et nos actions dépassent la seule Université de Strasbourg et nous amènent à interroger le fonctionnement de l’ESR aux niveaux national et européen. Nous souhaitons, en outre, développer une vision transversale de l’ESR, qui ne se limite pas à la situation spécifique des CENS mais prenne en compte les proximités que cette situation entretient avec celles des étudiants, des BIATSS, des enseignants et des chercheurs. Cette transversalité se justifie par le fait qu’une démarche de solidarité affirmée avec les autres corps semble indispensable au vu de l’imbrication des problèmes structurant l’actuel ESR.

Comment agir ?

Dans ce contexte, notre action consiste :

1)    à prendre clairement position sur le fonctionnement de l’Université de Strasbourg, et en particulier sur sa politique doctorale et ses orientations budgétaires et administratives ;

2)    à porter une vision engagée de l’ESR et de ses transformations contemporaines.

Nous souhaitons être une force de réflexion, de critique, de proposition et d’action par notre contribution et notre soutien aux résistances à la marchandisation de l’ESR et à la dévalorisation du doctorat, par la sensibilisation et la mobilisation des CENS sur le site strasbourgeois, par l’élaboration et la diffusion d’un projet alternatif pour l’ESR fondé sur l’indépendance de la recherche et de ses personnels vis-à-vis des demandes économiques et politiques.

Pour ce faire, nous diffusons régulièrement sur notre site des textes et communiqués prenant position sur les conditions de travail des CENS, l’actualité du doctorat et de l’ESR, et relayons les informations qui nous paraissent pertinentes. En outre, nous nous proposons d’organiser régulièrement et en collaboration avec des partenaires potentiels (associations de doctorants, syndicats de personnels, écoles doctorales, laboratoires, etc.) des journées thématiques consacrées à ces sujets.

Nous entendons enfin participer aux élections universitaires afin de défendre à tous les niveaux et dans tous les conseils nos positions. Dans le but de favoriser la diffusion de l’information et de susciter le débat entre les CENS sur toutes les questions les concernant, nous nous prononçons en faveur de la tenue régulière d’assemblées générales ouvertes et démocratiques, permettant l’interpellation des élus par ceux qu’ils représentent, l’expression du plus grand nombre et la discussion sur les difficultés auxquelles tous sont confrontés.

Conscients du fait que les orientations concrètes de la politique de l’ESR en France sont, pour la plupart, prises au niveau national dans un contexte de mise en concurrence des universités au niveau international, nous entendons enfin participer à la constitution d’une fédération d’associations et de syndicats de chercheurs et enseignants non-statutaires en mesure de peser sur les décisions ministérielles. Rejetant l’attitude complaisante et cogestionnaire de la Confédération des Jeunes Chercheurs, qui – sous couvert de défense des « jeunes chercheurs » – accompagne largement le mouvement des réformes managériales, nous appelons à la constitution d’une organisation nationale s’inscrivant radicalement contre les lois Pécresse et Fioraso et portant un projet alternatif.

Ce projet devra, notamment, être basé sur la réaffirmation de la nécessité d’une recherche fondamentale, autonome des demandes politiques et économiques ; le refus du démantèlement du service public de l’enseignement supérieur qu’annoncent les injonctions au rapprochement avec le monde de l’entreprise ; la valorisation des savoirs et diplômes universitaires, à commencer par le doctorat. Ce combat ne peut être mené qu’en faisant front aux côtés d’autres organisations syndicales représentant les personnels de l’ESR, organisations vis-à-vis desquelles nous souhaitons cependant maintenir une attitude de stricte indépendance dans le souci de faire entendre nos propres revendications.