La grande arnaque de l’excellence

Bienvenue au pays de l’ « excellence » : LABEX (laboratoires d’excellence), IDEX (initiatives d’excellence), PROJEX (projets d’excellence), et autres « ex » de l’ « excellence » … l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) version Précresse/Fioraso ne connaissent plus la médiocrité ! Et grand merci ! Car à l’heure où la dotation de l’État baisse, les « meilleurs » (en faites-vous partie ?) peuvent au moins espérer s’en sortir grâce à la manne de l’ « excellence ».  Un rayon de soleil pour les précaires et les soutiers de l’ESR ? Voir…

Pour rappel, les IDEX, qui visent à faire émerger des « pôles d’excellence d’enseignement supérieur et de recherche de rang mondial », ont été attribués à une poignée d’universités (huit à ce jour), après la mise en concurrence de ces dernières. L’université de Strasbourg a été bénéficiaire de la première vague d’idex en 2011. Elle peut à ce titre financer (entre autres) des contrats doctoraux et post-doctoraux, attribués à des candidats en fonction d’un ensemble de critères d’ « excellence », parmi lesquels l’inscription de la recherche dans un contexte international et/ou l’adossement à un labex ou projex (l’argent de l’excellence va donc à l’excellence…).

Ainsi, l’université de Strasbourg vient de publier son appel à candidatures 2015 dans le cadre de l’IDEX (voir ici pour les contrats post-doc : http://www.unistra.fr/index.php?id=21351 ; et là pour les contrats doctoraux : http://www.unistra.fr/index.php?id=21350).

Spontanément, on pourrait se dire qu’il y a là des éléments positifs : l’université de Strasbourg, reconnue pour la qualité de sa recherche et de sa formation, en est récompensée par l’obtention de financements bien mérités. Seulement, pour bénéficier d’un contrat doc ou post-doc dans le cadre de l’IDEX, mieux vaut venir d’ailleurs. En effet, les critères de sélection des candidats sont impitoyables : pour espérer bénéficier d’un contrat doctoral IDEX, il faut impérativement « être titulaire d’un master délivré par un établissement  étranger ou avoir intégré un master de l’université de Strasbourg en vue d’une inscription en doctorat, à l’issue d’un cursus complet de licence à l’étranger ». Idem pour les contrats post-doc, pour lesquels les candidats doivent « avoir obtenu leur doctorat depuis moins de quatre ans (au 1er janvier 2015) dans une université autre que l’université de Strasbourg ». En clair, vous l’aurez compris, les étudiants et doctorants de l’université de Strasbourg ne sont pas éligibles à ces financements. Ainsi donc, l’ « excellence » serait partout, sauf à Strasbourg. Tant pis pour nous !

Il faut vraiment avoir poussé très loin la logique d’un ESR mondialisé et concurrentiel pour en arriver à un tel niveau d’aberration, où la mobilité nationale et internationale deviennent LES critères pour jauger « l’excellence » et font passer les qualités scientifiques du candidat pour des critères subsidiaires : l’appel à projets se contente d’indiquer que sont recherchés des « projets de recherche de haute qualité et à fort potentiel de développement », ce qui ne veut à peu près rien dire tant que l’on ne définit pas plus précisément les critères de sélection. En gros, la qualité d’un candidat d’ « excellence » à un contrat doc ou post-doc se mesure à sa mobilité (internationale de préférence). On aimerait savoir ce qui le justifie. Il est assez ironique de résumer l’ « excellence » d’un candidat à un contrat doctoral par le fait qu’il ait obtenu sa licence à l’étranger (l’enseignement supérieur français est-il si médiocre ?). On s’enorgueillit de produire des étudiants et des docteurs de bon niveau, mais l’argent de l’ « excellence » n’est pas pour eux.

L’université de Strasbourg est « excellente » et grand bien lui fasse ! Mais qu’a-t-elle à proposer à ses chercheurs et enseignants non-statutaires… pas assez « excellents »  pour elle ?

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Une réponse à La grande arnaque de l’excellence

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